Formation des éco-délégués

Le 22 octobre 2009, une délégation composée d’élèves volontaires s’est réunie afin de suivre une formation sur le développement durable.

Les éco-délégués du collège étaient encadrés par M. Chapel (professeur de technologie) et ceux du lycée par Mme Lecocq-Hubert (documentaliste et professeur de philosophie).

Nous avons commencé notre après-midi de sensibilisation aux problèmes environnementaux avec la projection du film « Home » de Yann-Arthus Bertrand en salle de conférence. A la fin du documentaire, les avis étaient partagés : «Le film est utile dans le sens où il est éducatif. En effet, le support cinématographique est assez percutant. Cependant, Y-A Bertrand est trop moralisateur et ne présente pas assez de solutions à la crise écologique. Moi, je reste pessimiste et même désespéré car les décisions politiques ne sont pas conformes à une démarche éco-citoyenne et les promesses faites sont trop souvent en décalage avec les actes » dit Elliot Charpentier.

William Massina était plus optimiste : « Y-A Bertrand voulait faire un constat grâce à de beaux paysages. Son film est moins technique que celui d’Al Gore (Une vérité qui dérange) mais son but était de nous faire réagir. Ce film est selon moi très positif. Chacun doit utiliser ses propres talents et capacités professionnelles pour sensibiliser les gens. »

Camille Teyssandier, quant à elle, a surtout apprécié : « les informations  chiffrées à la fin du film».

Afin que les éco-délégués puissent remplir leur mission, il était important qu’ils aient une vision d’ensemble de l’état de la planète.

Ensuite, les lycéens se sont rendus au CDI et ont dégusté un goûter biologique. Madame Lecocq-Hubert avait fait appel pour l’occasion à des producteurs locaux de produits biologiques (La Ferme du Chapi) et nous avons mangé des chaussons aux pommes et bu du jus de fruits « bio ».

La deuxième partie de l’après-midi était organisée autour d’une conférence-débat animée par le directeur de l’association Naturama. Cette association, spécialisée dans la protection de la biodiversité, met en place des projets écologiques en partenariat avec des communes, des entreprises et des écoles. Un diaporama a été présenté, accompagné de commentaires et d’explications et souvent un débat s’engageait entre les lycéens et l’animateur. Cet homme, passionné par la protection de l’environnement, a marqué les élèves par son intégrité et sa pugnacité.

Cet après-midi a permis aux éco-délégués de se connaître et de s’engager dans un pôle d’activités. Certains vont travailler sur l’alimentation, d’autres sur les économies d’énergie ou encore sur l’organisation d’évènements éducatifs. La liste de tous les gestes éco-citoyens est longue…

Christelle Laplanche, Alix Bougain, Cécile Lecocq-Hubert

Une religieuse au cœur des multinationales

Réflexion sur le libéralisme et la mondialisation

C’est autour de noix de cajou, pâtes de fruits, et mangues séchées que les élèves de terminale L-ES ont pu approfondir le jeudi 30 avril leur réflexion sur le développement durable, au cours d’une conférence privée donnée par Cécile Renouard, une militante atypique aux réflexions alter mondialistes.

Soeur Cécile et les élèves de TL/ES2 au CDI

Soeur Cécile et les élèves de TL/ES2 au CDI

Quelle croissance pour demain ?

Faut-il changer notre mode de production capitaliste ?

Est-il possible de placer notre économie, enfin, au service de l’humanité ?

Autant de questions qui, depuis le réchauffement climatique, l’augmentation galopante des inégalités, et la crise financière secouent la planète et sèment le trouble dans nos économies.

« Il serait temps d’opérer un changement radical de notre système  »

 

C’est d’abord au travers de son vécu, son cursus scolaire puis professionnel, que Sœur Cécile nous ouvre les portes de nos grandes firmes Multinationales (FMN), pour nous donner les enjeux auxquels celles-ci sont confrontées pour répondre aux exigences du développement durable.

Diplômée de l’école supérieure de commerce (ESSEC), Cécile de Renouard s’envole pour un premier voyage vers la Thaïlande où elle découvre les conditions de vie difficiles d’un camp de réfugiés cambodgiens – pourchassés par les Khmers rouges – ayant fui le régime de Pol Pot. Puis, c’est en suivant un projet de « La Caritas » (le Secours Catholique) que la jeune femme participe à un programme d’aide aux familles habitant dans des bidonvilles insalubres. Pourtant, c’est dans ce décor où hurle la misère que Sœur Cécile découvre des communautés solidaires, animées par la volonté de se battre et de s’en sortir. Sensibilisée par leur « soif de vie », Sœur Cécile s’interroge :

 

«  Que faisons-nous contre la pauvreté ? »

« Que faisons-nous contre les injustices internationales ? »

Notre système engendre des inégalités très fortes, et nous devons les combattre. Avons-nous seulement conscience de la misère à l’échelle mondiale ?  Premier constat : toutes les richesses crées sont mal réparties et des pans entiers d’humanité sont laissés en marge du système mondialisé.

« Aujourd’hui dans le monde  1 personne sur 6 souffre de malnutrition et vit sans eau potable »

 

C’est à la suite de ces expériences que Cécile Renouard décide de rentrer dans l’ordre de l’Assomption. Elle obtiendra en 2006 un doctorat de philosophie, d’éthique et de philosophie morale. Un an plus tard, elle écrit La responsabilité éthique des multinationales (PUF). En 2008 paraît son livre intitulé Un monde possible. Les acteurs privés face à l’injustice (Seuil).

Elle vient de sortir le 25 mars 20 propositions pour réformer le capitalisme (Flammarion) écrit en collaboration avec Gaël Giraud.

 

Au cours de la conférence, l’auteur redéfinit la notion du développement durable : Il s’agit avant tout pour nos sociétés de savoir comment concilier croissance économique, développement social et respect de l’environnement ; savoir à la fois répondre aux besoins actuels tout en préservant les besoins des générations futures, mais l’erreur serait d’oublier la dimension culturelle. Il faut appeler nos sociétés à faire preuve de plus d’équité sociale, en protégeant la diversité culturelle et en venant en aide aux petits producteurs des pays du Sud. Elle ajoute que cette notion prend une tournure politique : il s’agit pour tous nos gouvernements de définir, ensemble, des règles communes pour répondre aux exigences d’un tel enjeu.

« Il y a ce que l’on veut faire de nos existences au niveau individuel, mais surtout ce que l’on veut faire de nos existences au niveau collectif ! »

Quelle est la contribution des FMN pour le développement durable dans les Pays les Moins Avancés (PMA) ?

Sœur Cécile est partie enquêter sur des filiales de grandes firmes occidentales implantées en Afrique subsaharienne,  continent le plus marqué par la pauvreté, où elle explique que malgré nos préjugés, de grands géants européens comme Total, Michelin, ou encore Unilever déploient des efforts afin de réduire leurs émissions de CO2.  Mais ce développement durable a un coût (équipements recyclables, biodégradables) que seules  les grosses firmes peuvent assumer. De plus, la question est : ces géants prennent-ils ces initiatives par un réel souci écologique ou par intérêt ?

«  C’est en rassemblant  toutes les convictions que chacun porte en soi, qu’on pourra parvenir à changer les choses ».

Concrètement, comment ces firmes contribuent-elles au développement local des pays les plus pauvres ? Quelles taxes versent-elles au pays dans lesquels elles sont implantées ?

Pour illustrer ces transformations, Sœur Cécile prend l’exemple du projet « Grameen Danone » développé au Bangladesh en 2006 par Frank Riboud, PDG de la firme française  et Muhammad Yunus (prix Nobel de la paix en 2006) connu pour avoir fondé la première institution de micro crédit dans son pays, la Grameen Bank. Ces deux hommes se sont associés pour venir en aide aux populations les plus défavorisées. L’objectif était « d’apporter la santé » en vendant aux habitants pauvres des yaourts, à un prix accessible, recouvrant ainsi 30 % des apports journaliers ; au premier abord, l’association semble fonctionner en créant des emplois : une micro usine qui fait travailler les gens du pays et où les fermiers sont libres d’apporter leurs propres laits. De plus, la distribution est assurée par des femmes, une façon pour elles de s’émanciper.

Mais cette pratique a ses revers. En effet le projet élaboré par Grameen relève de la stratégie BOP « Bottom Of the Pyramid » (le bas de la pyramide) enseignée aux jeunes diplômés américains dans les grandes écoles : «  Sur 6 Milliards d’habitants, 4 Milliards sont pauvres, autrement dit il y a 4 milliards de personnes à qui je ne peux pas vendre mes produits ». A première vue, la théorie du « win-win » (gagnant-gagnant) semble être LA solution pour contrer la pauvreté dans le Sud, et pourtant en regardant d’un peu plus près, les sociétés non financières (SNF) aggravent la situation en menaçant  les produits locaux de disparaître, par la concurrence qu’elles leur imposent.

Il faut reconnaître que, dans le cas du projet Grameen Danone, il est prévu que 97% des profits soient réinvestis sur place. Il s’agit d’un projet de « social business » qui est complètement orienté vers les besoins des populations pauvres. Ce n’est pas le cas dans la plupart des projets relevant de la stratégie BOP ; d’où le caractère ambigu de cette théorie.

Cécile Renouard note que Frank Riboud est le PDG le mieux payé du CAC 40 (4,279 millions d’euros en 2008 selon le magazine Challenges) et ce contraste entre sa politique « Gramen-Danone » et son salaire n’échappe pas à Sœur Cécile, qui sait garder un œil critique tout en exposant ses idées.

La crise financière semble avoir  montré les limites du « laisser faire et du laisser passer », en propageant une crise d’importance mondiale aux conséquences sociales et économiques dévastatrices. Elle pose désormais le besoin d’une nouvelle croissance laissant intervenir davantage de morale.

Faudra-t-il attendre à chaque fois un dysfonctionnement du système pour mieux réagir ?

Ce n’est pas ce que pense Sœur Cécile, convaincue qu’une personne peut, par sa volonté et son engagement, influer à elle seule sur une situation.

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Après une courte pause où nos papilles ont plus travaillé que nos oreilles (les produits étaient biologiques et issus du commerce équitable !), de nombreux élèves ainsi que nos professeurs (Mme Angelot et Mme Lecocq) sont intervenus.

▪  Je ne vois pas comment les choses vont changer car ceux qui ont le pouvoir de les faire évoluer sont ceux qui en profitent le plus. Ils n’ont sans doute pas d’intérêt à ce que le monde change !

▪  Ce que fait Danone, c’est bien mais Danone n’est qu’une FMN parmi tant d’autres. Or il y en près de 70 000 !

 

▪  On sait depuis plusieurs années que le système est défaillant. Qu’est-ce qui empêche les choses de changer ?

« Le poids du passé joue beaucoup mais il y a des divergences d’opinions. On n’arrive pas à se mettre d’accord sur la technique à adopter : réduire les inégalités ou continuer de se développer, autrement dit d’une façon plus schématique, que faire ? Grossir le gâteau ou mieux répartir les parts ? Tous les économistes n’ont pas le même point de vue sur la question. »

▪  Quel est le lien entre votre foi, votre emploi chez Total et votre engagement sur le développement durable ?

« D’abord, je ne suis pas employée chez Total, mais je suis observatrice et je me permets de critiquer Total. Je peux aussi dire que mon engagement est lié à ma foi et que l’Evangile est pour la transformation du monde. St Jean nous a bien dit : « Si vous aimez Dieu et que vous n’aimez pas votre prochain, vous êtes un menteur ». Et je tente avec d’autres, de travailler à un monde plus juste. »

Aussi, pour conclure, nous retiendrons surtout de cette conférence, que même si la situation paraît désespérée aux yeux de beaucoup, il reste encore de l’espoir et cet espoir réside en nous, ou plutôt dans nos actions, dans notre volonté de changer le système en profondeur.

« Il ne faut pas tomber dans un fatalisme et se dire que tout est fini. Il faut y croire. Il faut croire que, à notre échelle, avec nos petites actions, nous pouvons déjà faire avancer les choses. »

Anne-Sophie Raffa, Floriane Brément, Benoît Blondeau, élèves de Terminales L/ES.

Ce travail a été réalisé dans le cadre des cours de Sciences Economiques et Sociales (SES) et de Philosophie avec Mme Angelot et Mme Lecocq.

Peut-on faire l’économie de la Nature ?

Nous sommes allés à une conférence d’Éloi Laurent, un économiste de l’OFCE, qui portait sur la nécessité de donner ou non un prix à la nature. Quatre thèmes ont été présentés tour à tour…

Photo FSEG

Photo FSEG

  • La valeur de la nature

Peut-on donner un prix à la nature ? Et donner un prix, est-ce nécessaire au développement durable ?

Éloi Laurent pense effectivement que cela est possible et est nécessaire. Selon lui, on peut valoriser la nature dans le sens où l’on peut valoriser une ressource naturelle, lui assigner un prix. Il a donné notamment l’exemple de l’eau, car elle est une ressource difficile à transporter  qui crée beaucoup d’activité économique ; il a aussi évoqué la forêt, un véritable espace économique car il abrite à la fois des activités de sylviculture (ayant une valeur économique) et une biodiversité (avec une valeur écologique).

M. Laurent considère que cette valorisation de la nature pourrait avoir lieu dans le cas d’un changement de théorie économique, d’une redéfinition du dogme économique actuel. Il estime dans cette perspective que la crise économique existante pourrait parfaitement servir à ce changement en réconciliant économie et nature.

L’économiste affirme, de plus, que « les générations futures doivent être incluses dans les négociations ». D’après M. Laurent, les questions environnementales sont des questions éthiques ; on ne peut pas simplement résonner en termes d’utilité. D’ailleurs certains chiffres parlent d’eux-mêmes : en 30 ans (1970 – 2006) le niveau de vie monétaire des français avait doublé tandis que la biodiversité mondiale chutait de 30% (soit 1/3 d’espèces naturelles en moins sur la planète)… (Source INSEE et WWF).

  • La fiscalité verte

Faut-il introduire une fiscalité verte ? Quelles sont les activités imposables, jugées malsaines pour l’environnement ? Dans quelle mesure une fiscalité verte, peut-elle être efficace ?

M. Laurent nous a d’abord parlé de l’externalité, une situation économique dans laquelle l’acte de consommation ou de production d’un agent influe négativement (ou positivement) sur la situation d’un autre agent non impliqué dans l’action. Dans l’exemple d’Éloi Laurent, il s’agit des feux de champs engendrés par le trafic ferroviaire dans l’État du Nebraska au États-Unis. M. Laurent reprend ici la théorie d’Arthur Pigou, qui fut le professeur de John Keynes, selon laquelle l’agent influant doit indemniser l’agent victime pour le préjudice. En fait c’est Pigou qui introduit le principe de « pollueur-payeur » dès la première moitié du XXème siècle, sans doute le père de l’économie de  la nature. La taxe « pigouvienne » vise donc à internaliser une externalité. Il s’agit en fait de calculer le coût de l’externalité (le coût social/environnemental), et de mettre en place une taxe de valeur équivalente afin de décourager les activités polluantes. Dans le cas du trafic automobile, on ne connaît pas le prix de l’externalité (que se soit en terme de santé ou de pollution environnementale), car il est impossible d’évaluer les dommages exacts que cause la pollution automobile.

M. Laurent nous a aussi dit que la fiscalité verte représentait en moyenne dans le monde, 3% du PIB d’un pays. Les taxes concernent le plus souvent le domaine de l’énergie. Selon lui, les écotaxes sont réellement efficaces (exemple de la Suède), mais peuvent engendrer des inégalités sociales. En effet, par exemple une taxe sur les carburants (grande partie du budget des ménages pauvres) créerait de nombreuses inégalités, ce serait donc une atteinte à la justice sociale. En outre, les taxes sur la pollution favorisent bien sûr l’environnement, mais si elles s’accompagnent de mesures visant à diminuer les taxes professionnelles, cela aura par la même un effet positif sur l’emploi et la croissance économique.

D’après Éloi Laurent, la fiscalité verte est fondamentale mais il faut savoir la doser correctement pour éviter qu’il y ait un effet contre productif dans la sphère économique. Ainsi il rejette l’idée selon laquelle les entreprises des pays taxés sur le CO2 pourraient avoir des problèmes de compétitivité à l’étranger face à des entreprises et des pays non taxés. L’idée étant de compenser la perte relative de compétitivité par une taxe CO2 sur les produits étrangers.

  • La croissance verte

Ne faut-il pas limiter la croissance, voire prôner la décroissance afin de sauvegarder l’environnement ?

Le problème qui se pose actuellement en termes de décroissance s’est déjà posé au XIXe siècle dans des termes légèrement différents, mais le raisonnement reste malgré tout équivalent. Tout d’abord, M. Laurent reprend la théorie de Thomas Malthus (économiste classique prônant la décroissance démographique afin de pouvoir nourrir l’ensemble de la population) et la compare aux économistes favorables à la décroissance mais cette fois-ci non plus pour préserver l’alimentation mais afin de préserver la nature. Or il constate que la population mondiale n’a cessé d’augmenter depuis la première moitié du XIXème siècle (environ à partir de 1820), alors que le PIB par habitant a augmenté de façon très similaire (courbe en forme d’une crosse de hockey). Cela s’explique par des gains de productivité liés au progrès technique.

Aujourd’hui, le problème du changement climatique peut être appréhendé de la même manière avec des courbes des températures suivant, elles aussi, le tracé de la crosse ; or, là encore, on peut penser que des efforts en matières d’investissements verts permettront de ralentir cette croissance exponentielle des effets négatifs sur l’environnement tout en ayant un effet bénéfique sur l’économie qui pourra ainsi entamer une nouvelle phase de croissance économique basée sur l’écologie. M. Laurent prône la création d’emplois verts dans les secteurs des transports et du bâtiment (les deux secteurs les plus pollueurs en France en 2006). Il faut investir dans ces domaines, car il n’y a actuellement que 2 millions d’emplois verts dans le monde. Il préconise donc une fiscalité verte afin d’inciter les entreprises à investir dans ce secteur.

  • La nouvelle écologie politique

Selon Éloi Laurent, le capitalisme financier autorégulé est un échec. La crise financière en est l’illustration ; c’est dans ce sens qu’il souhaite une régulation externe des marchés (à savoir une intervention des pouvoirs publics).

Sur les questions environnementales, la démocratie doit être forte, tout comme l’État. M. Laurent a fait la remarque que les pays les moins avancés sont ceux qui émettent très peu de CO2. À titre de comparaison, la Chine représente 24% des émissions de gaz carboniques mondiales alors que l’Afrique entière ne représente que 5%. Mais ce sont pourtant les pays les plus pauvres qui sont les premiers touchés et les plus fragiles face aux catastrophes naturelles.

Le principe de « pollueur-payeur » ne s’applique pas bien ici. Il y a donc, selon lui, un problème de justice internationale.

Les pays développés, les plus pollueurs, souvent situés en zone tempéré, voient leur biodiversité en légère augmentation alors que les pays pauvres, quant à eux, voient leur biodiversité en très grande diminution. Ces derniers sont souvent mal gouvernés, peu démocratiques. La déforestation est l’une des plus grosses catastrophes de notre temps, les forêts tropicales sont détruites par les firmes multinationales occidentales qui profitent des régimes politiques en place. C’est en ce sens qu’il pense que seule la démocratie comme système politique est à même de concilier croissance économique équitable et protection de l’environnement.

D’après M. Laurent, la théorie de la main invisible d’Adam Smith ne fonctionne pas en écologie. Car l’intérêt individuel ne conduit jamais à l’intérêt général ou plutôt environnemental. L’économiste considère que le développement durable doit protéger les intérêts humains (actuels et futurs) sans mettre en péril la biodiversité et l’environnement en général.

Éloi Laurent préconise aussi un changement d’instrument de mesure pour connaître la richesse environnementale (l’exemple de la Chine est frappant à ce sujet, avec une très forte croissance économique, mais un taux de pollution record et en constante évolution). La richesse d’une société ne doit pas seulement être considérée par sa richesse économique mais aussi par sa richesse écologique. Le PIB qui ne calcule que la richesse économique n’est donc pas approprié pour mesurer cela, ni même l’IDH qui mesure la richesse économique, la « richesse éducative » et la « richesse sanitaire ».

Boutry Marie, Jimbert Ella et Josse Edouard (TES2).

Ce travail a été réalisé dans le cadre des cours de Sciences Economiques et Sociales avec Mme Mermet

Conférence de M. SILLION le Mercredi 11 Mars 2009 à la Maison de la Chimie Rhône-Alpes

A l’occasion de la cérémonie de remise des prix aux lauréats du concours régional des XXV ièmes Olympiades de la chimie, M. Bernard SILLION, directeur de rédaction au CNRS de la revue « CHIMIE ET SOCIETE », est venu présenter une conférence sur le thème des « BIOCARBURANTS ».

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En introduction, M. SILLION s’est attaché à définir la CHIMIE comme ce qui sert à décrire la matière, inerte et vivante. Pour lui, la chimie est à la biologie ce que le solfège est à la musique.

  • Quelles sont alors les missions de la chimie ?

Elles résident principalement en une compréhension de la matière et en une transformation de celle-ci ; cependant, de nos jours, de nouveaux objectifs associés à des besoins nouveaux conduisent la chimie à évoluer.

Cette évolution aurait pour origine la raréfaction des matières premières ainsi que le réchauffement climatique, mais M. SILLION tient à rappeler à propos de ce dernier, qu’il y a déjà eu des réchauffements climatiques à raison de cycles d’environ 140 000 ans, dont l’origine est la décroissance, de manière périodique, de la distance Terre – Soleil entraînant le réchauffement de la surface de notre planète. Cependant, la cause principale du réchauffement reste l’activité humaine et notamment les rejets de plus en plus importants depuis le siècle dernier de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone, CO2. Il existe des moyens naturels d’éviter ces rejets, comme la photosynthèse des végétaux qui utilise le CO2 et l’eau en présence de lumière pour former du glucose et du dioxygène. La biomasse, (organismes végétaux et animaux vivants), se régénère en consommant le CO2, par photosynthèse, à raison de 45% de carbone par an. D’autre part, cette biomasse est une importante source d’énergie

On compte parmi les principaux responsables de l’augmentation du taux de CO2 les raffineries de pétrole utilisant des combustibles fossiles à l’origine de ces émissions. La consommation d’énergie de ces raffineries est d’environ 11000 kWh ce qui est relativement considérable. Elles consomment par an environ 3,5 milliards de tonnes de pétrole. On considère actuellement que les réserves de pétrole sont de 160 milliards de tonnes ce qui nous permettrait de tenir encore 40 à 50 ans en ne modifiant pas nos modes de consommation.

De ce fait, on constate un véritable enjeu en ce qui concerne la raréfaction des matières premières. Il faut tenir compte cependant du renouvellement des ressources en pétrole qui s’effectue naturellement.

Par ailleurs, toutes les ressources ne sont pas épuisées lorsqu’il s’agit du carbone : il reste du charbon (laissé à l’abandon par suite de reconversion au siècle dernier d’une industrie minière en une industrie axée vers le pétrole essentiellement), du gaz naturel (méthane CH4) et des hydrates de méthane (stables dans certaines conditions de température et de pression, on ne sait pas actuellement comment les exploiter, emprisonnés dans un dodécaèdre de glace et situés entre 600 et 1000 mètres de profondeur)

Les ressources ne manquent pas, certes, mais restent peu exploitées par manque d’intérêt et d’approfondissement des techniques qui permettraient de le faire.

  • Quelles démarches doit – on entreprendre ?

Il faut développer une chimie plus durable, accroître et diversifier l’utilisation des matières premières et développer les biocarburants. Le terme de « chimie durable » désigne une chimie qui se doit de répondre à nos besoins. En 1990, par exemple, aux Etats-Unis, le programme EPA a lancé un mouvement de chimie verte qui avait pour objectif de développer les technologies chimiques pour éviter les dangers.

Dans cette avancée, l’influence de certaines organisations, telles que l’ONU, est majeure et, plus récemment, il faut citer le programme REACH : programme à dimension européenne dont les objectifs sont d’enregistrer les produits et d’évaluer les risques qu’ils représentent sur la vie humaine et sur l’environnement ; c’est ainsi que sont répertoriées plus de 30 000 espèces chimiques, et qu’au 1er juin 2007, au niveau européen, un règlement a été rédigé, précisant sept objectifs, dont la protection de la santé humaine et la diminution des expériences sur les animaux. En bref ce programme représente une voie nouvelle pour le développement futur de l’industrie chimique et de l’innovation.

  • Où en est l’avancée des démarches pour une chimie durable ?

On compte désormais « les douze commandements de la chimie verte », parmi eux on trouve :

– une volonté de réduire les déchets en en produisant un minimum. Il s’agirait de procéder à des réactions chimiques permettant de mettre en jeu des réactifs ayant pour produit une seule espèce chimique (soit : A+B→AB et non pas A+B→AB + C) ;

– limiter les dépenses énergétiques ;

– rechercher des matières premières renouvelables ;

– rechercher des réactions catalytiques ;

– rechercher davantage de produits de synthèse biodégradables (qui ne persistent pas dans la nature) ;

– travailler en continu pour éviter les stockages.

Les résultats attendus sont principalement :

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L’enjeu ici serait d’utiliser pour une même chimie d’autres sources que le pétrole, on pense :

– aux gaz de synthèse produits à partir d’une oxydation partielle du méthane. D’autre part, les Chinois travaillent efficacement à la valorisation du charbon dont ils font le monopole de l’industrie, ils réfléchissent à sa liquéfaction.

– à réduire CO2 par C selon l’équation : CO2 +C → 2 CO.

– à réintroduire le CO2 dans la chimie par d’autres techniques comme celle de la synthèse du méthanol CH3OH mais pour ce faire il faut des réactions exothermiques (libération d’énergie) ; or certaines sont endothermiques (absorption d’énergie, par exemple : CO2 + CH4 → 2 CO + 2 H2).

Toutes ces réactions ont été mises à l’écart après l’arrivée du pétrole mais sont sur le point d’être remises au goût du jour.

M.SILLION a aussi évoqué:

– Le gaz dihydrogène H2, il est obtenu à 96% à partir de la matière fossile et à 4% par électrolyse de l’eau ; le problème est alors l’importance du coût de l’électricité consommée.

– Les agro-ressources : la question alors est de savoir comment les utiliser. Par exemple, lorsqu’il s’agit de tensioactifs (molécules qui s’organisent à l’interface de deux autres et favorise l’émulsion ; exemple de la moutarde dans une sauce vinaigrette, du jaune d’œuf dans une sauce hollandaise, du savon dans l’eau…), leur intérêt est d’abaisser la tension interfaciale entre deux phases non miscibles.

En Inde, beaucoup de ressources renouvelables sont créées à partir de ressources naturelles.

– Les agro-polymères, tels que la cellulose (produite à raison de 6 millions de tonnes par an pour la chimie, fibres cellulosiques), l’amidon (produit à 35 millions de tonnes par an, polymère biodégradable, amorphe très utilisé pour les emballages et les films), le PLA (l’acide polylactique qui se développe fortement, obtenu par fermentation du sucre ; il n’est cependant pas entièrement naturel) : il faut progresser dans le développement de ces agro-polymères ; en effet les polymères sont présents dans les emballages, le BTP, ils représentent 13% du poids d’une auto, or actuellement, sur les 6,72 millions de tonnes de déchets produits seulement 300 000 tonnes sont renouvelées.

– Les biocarburants mythe ou réalité ?

On entend énormément parler des « biodiesels ». Le fait qu’ils soient des triesters leur donne un poids moléculaire élevé qui limite leur utilisation aux tracteurs lourds : ils seraient inadaptés à des moteurs de voitures.

La référence énergétique pour l’utilisation des carburants est le PCI (Pouvoir Calorifique Inférieur ; sans compter l’eau). L’ester par exemple possède un petit PCI ce qui le rend intéressant d’un point de vue énergétique.

L’obtention du Biodiesel se fait avec un coproduit le glycérol (1,2,3 propane triol) qui sert aussi à une autre polymérisation, ce qui donne un avantage à la production du biodiesel, mais le glycérol à éliminer est fragile, il faut donc trouver des solutions.

Par ailleurs, l’éthanol est largement utilisé en tant que carburant au Brésil car il empêche les rejets de CO2 (40% des voitures là-bas utilisent l’éthanol). Cependant sa production se fait à partir de la canne à sucre dont l’étendue de la production provoque la déforestation. De plus, l’éthanol possède un fort PCI ce qui implique que pour une même puissance il est nécessaire d’utiliser une quantité beaucoup plus importante d’éthanol que d’essence. Il en découle que, si on veut utiliser l’éthanol de façon plus importante en tant que carburant, il sera nécessaire de trouver un autre moyen de le produire et une autre biomasse que le sucre.

On peut penser à la biomasse non liée à la culture traditionnelle comme les dérivés lignocellulosiques issus des plantes entières, il faudra séparer les ligneux des dérivés mais, là encore, le PCI inadapté aura pour conséquence une consommation trop importante de ces plantes.

  • La question qu’il faut se poser en conclusion : est-ce raisonnable de développer les agro-carburants ?

Leur production nécessitant 120% du territoire, nous avons la réponse. Il ne serait plus possible de nourrir les 9 milliards d’habitants de la planète prévus pour 2050.

M. SILLION a alors cité Antoine DE SAINT EXUPERY : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible »

30% seulement du gisement pétrolier sont utilisés, on peut tenir mieux partie des ressources fossiles en développant d’autres techniques, par exemple en injectant du CO2 fluide super critique pour dissoudre le pétrole.

Puis M. SILLION a précisé que dans le domaine des énergies, il ne faut pas rêver, en nous indiquant qu’une éolienne ne produit qu’un millième de l’énergie nucléaire, que, pour produire 100W par l’énergie solaire, il faut disposer de un mètre carré de panneaux. Il regrette que le projet de la centrale Super Phénix ait été abandonné.

Enfin, au terme de sa conférence, M. SILLION souligna: « Manger ou conduire il faut choisir ! »

Mariannik MADEC (professeur de physique et chimie en TS) et Sophie SORNET (élève de TS)

Le développement durable, une obligation pour notre survie ?

Le vendredi 28 novembre à Notre Dame de Mongré eut lieu l’intervention de l’association HESPUL (http://www.hespul.org) qui réunit une vingtaine d’experts et praticiens de l’énergie. L’intervenant, M. Manceau, nous a présenté le concept négaWatt : système de mesure de l’énergie  non consommée grâce à un usage plus sobre et plus efficace de l’énergie :

– supprimer le gaspillage ;

– amélioration des transports et isolation des bâtiments ;

– augmenter la part des énergies renouvelables (énergie inépuisable et à faible impact).

le principe négaWatt

le principe négaWatt

80 négawatts !

80 négawatts !

Remplacer une ampoule classique de 100 W par une lampe basse consommation de 20 W revient à utiliser 5 fois moins d’énergie pour assurer le même niveau d’éclairage. La puissance électrique nécessaire est ainsi réduite de 80 W. En d’autres termes, le remplacement de cette lampe génère « 80 Watts en moins » : on parle alors de « production de 80 négaWatts ».

(source : association négaWatt : http://www.negawatt.org )

Est-ce vraiment une obligation pour la survie de notre planète ?

Au cours du 20ème siècle  la température de la terre a augmenté de 0,6 °C. Cette augmentation entraîne un dérèglement climatique ainsi que l’élévation du niveau des mers mais aussi un bouleversement écologique.

De plus, une personne rejette 4,5 tonnes de carbone par an, alors qu’il faudrait  arriver à  0,5. Un effort considérable reste donc à faire. Pour cela le facteur 4 peut nous y aider.

Mais qu’est-ce que le facteur 4 ?

Il s’agit de diviser les émissions des gaz polluants par 4. De nombreux domaines peuvent améliorer l’efficacité, comme l’isolation d’une maison. Un coût certes considérable au début mais très rentable sur le long terme.

De nombreuses actions sont possibles, mais ce qui nous a fait réagir, nous étudiants, c’est que pour préserver notre planète, il faut exclure « le plaisir » notamment quand M. Manceau nous a dit de ne pas utiliser les avions car ils dégagent beaucoup trop de carbone. Et là, cette question : « ne pas prendre l’avion pour partir en vacances » a suscité un vif débat entre nous. De nombreux avis ont divergé et, surtout nous nous somme rendu compte que nous avons du mal à renoncer à ce plaisir, même si nous avons conscience de l’enjeu.

Pour nous, ce qui semble être la meilleure solution serait de mettre en place des mesures financières pour rendre plus attractifs les prix des transports moins polluants. Des nombreuses petites choses ont été mises en place pour nous renseigner comme :

– l’étiquette énergie (7 classes de A à G qui nous permet de connaître la consommation énergétique du produit) ;

Etiquette énergie

Etiquette énergie

– l’étiquette climat (7 classes de A à G qui nous permet de connaître l’impact de notre  consommation sur l’effet de serre).

Etiquette climat

Etiquette climat

Mélanie Martin, Sonia Nuvolato, Tanguy Rampon, Nazmiyé Alberack, Maïté Torriero Muelas  (Seconde 1)

Cet article a été rédigé en partenariat avec C. de Fréminville (professeur d’histoire), C. Blanc (professeur de français) et C. Lecocq (documentaliste).

Catalyse et développement durable

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C’est le 20 novembre dernier que nous, élèves de terminale S du lycée Notre-Dame de Mongré, ainsi que des élèves d’autres lycées de l’académie de Lyon et des villes de Southampton, Gent et Toulouse (qui ont participé par vidéoconférence), avons pu assister à une conférence exceptionnelle sur le thème de « Catalyse et développement durable » à l’école de Chimie Physique et Electronique ( CPE Lyon ), troisième édition d’une série de conférences portant sur les thèmes « Demain… pour une chimie choisie ».

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Nous avons eu, ainsi, le plaisir de rencontrer des personnages incontournables du monde de la chimie à savoir :

Le professeur Gerhard Ertl, prix Nobel de la chimie 2007 récompensé pour ses travaux en sciences des surfaces ( qui lui ont valu le surnom de « magicien des surfaces » !) ; le professeur Yves Chauvin prix Nobel 2005 et directeur scientifique de l’institut français du pétrole ; M. Bruno Allenet, délégué GDF SUEZ et président du groupe Axéléra (chimie et environnement) ; Mlle Breme récemment titulaire du prix attribué aux jeunes chercheurs pour « Les femmes et la science »; M. Olivier Homolle, président de BASF, pour finir par M. Bastien .

Notre discussion a porté sur les préoccupations actuelles et qui font notre quotidien, telles que les avancées de la recherche en matière de développement durable, mais aussi autour du rôle prépondérant que joue la catalyse dans notre société. M. Bastien teint à préciser dès le début de la conférence que « Le monde est un monde de chimie et que les catalyseurs, étant des objets favorisant les réactions chimiques, sont des outils indispensables au monde dans lequel nous vivons ».

→ Les catalyseurs font partie intégrante de notre vie de tous les jours, notre vie entière tourne autour de la catalyse, que ce soit dans le domaine de l’industrie alimentaire, de l’industrie pharmaceutique et encore dans bien d’autres domaines.

La catalyse est présente dans toutes les transformations chimiques de l’industrie comme dans la nature, c’est un procédé que l’on rencontre tout le temps et qui est fondamental.

  • La question de l’environnement et du développement durable :

La curiosité des élèves présents se tourna vite vers la question de l’environnement et des priorités de l’industrie chimique dans ce domaine. Ce qui mena les invités à parler ouvertement de projets déjà mis en place sur la question, bien que, comme ils le précisèrent à l’unanimité, « tout est à faire et à construire » !

L’industrie chimique connaît aujourd’hui un défi majeur dans ses projets sur la protection de l’environnement. Ils doivent prendre en compte de nombreux facteurs tels que la pollution, les populations et leurs modes de vie (qu’ils ont pour but d’améliorer). L’important pour eux et pour rester compétitifs sur le marché mondial (dans un climat de mondialisation) est de développer de nouveaux produits et d’utiliser de nouvelles énergies pour pouvoir élargir les horizons. Un changement de vision des choses est nécessaire dans de nombreux domaines notamment concernant l’utilisation des « bio ressources » (molécules issues de ressources naturelles) jusqu’à présent utilisées uniquement dans un but curatif. L’industrie chimique doit se montrer plus efficace au niveau environnemental  en se penchant sur l’utilisation de nouveaux matériaux, ce qui implique alors une analyse approfondie du cycle de vie des matériaux.

Jusqu’à présent les connaissances dans certains domaines de la chimie étaient moindres et portaient les scientifiques à commettre de nombreuses erreurs notamment à l’origine de dégâts environnementaux, qu’il est aujourd’hui davantage possible d’éviter pour se pencher sur une pratique plus variée et intensive de la chimie. Les réactions sont désormais mieux connues et évitent de répéter les erreurs commises dans le passé.

Alors quelles sont les avancées de la chimie de nos jours ?

« Certaines entreprises comme GDF Suez ont déjà mis en place des objectifs à visée environnementale sur une base de dix ans », tient à préciser M. Allenet.

Par ailleurs, en ce qui concerne l’industrie automobile, des progrès ont été effectués grâce à l’étude des catalyseurs. Avant, toutes les voitures rejetaient du plomb, ce qui est très toxique, alors que maintenant beaucoup de nouvelles voitures possèdent des catalyseurs réduisant leur toxicité.

  • De nouvelles énergies au service de l’environnement et du développement durable:

Jusqu’à maintenant le pétrole était une énergie fondamentale et qui dominait toutes les autres. Il y a eu de grands progrès sur le plan des énergies et de l’hydraulique. Par exemple, le vent est utilisé maintenant comme source d’énergie avec le développement des éoliennes.

On est sans arrêt à la recherche d’énergies moins polluantes (utilisation de l’énergie solaire), les économies d’énergie chez les particuliers comme dans l’industrie sont aussi capitales.

De plus il a récemment été développé un processus qui viserait à transformer le dioxyde de carbone CO2 par l’apport d’énergies extérieures : le transport du CO2 peut être une voie à développer pour l’avenir car il vise son renouvellement.

  • Et le nucléaire dans tout ça ?:

On a trop souvent tendance à assimiler le nucléaire à une science néfaste autant pour notre environnement que pour nous-mêmes qui y vivons. Mais il est une chose que nous ignorons, ou oublions souvent et que tiennent à nous rappeler les scientifiques ici présents : « rien de ce que nous connaissons dans ce monde, n’existerait en fait sans l’intervention du nucléaire ! ».En effet toute la construction du monde, tel que nous le connaissons, s’est orchestrée à travers les multiples désintégrations nucléaires directement observables dans la nature. Mais alors d’où viennent ces a priori que nous avons sur le nucléaire ? L’avantage du nucléaire, et ce qui fait qu’il n’est pas complètement incompatible avec le développement durable, est qu’il ne rejette pas de CO2. Par contre, ce qui constitue un problème majeur, ce sont les déchets émis par le nucléaire car ils sont très difficiles à prendre en charge.

Un des intervenants souligne alors que la véritable question à se poser, concernant le nucléaire, est de savoir dans quelle mesure il est dangereux et si la maîtrise des risques est bien instaurée et va dans le sens du développement durable ?

Ce problème reste à résoudre, et chimistes et physiciens ne se sont pas encore mis d’accord sur la nature des mesures à prendre pour la prise en charge des déchets. C’est un enjeu actuel dans le sens où il est absolument nécessaire de maîtriser les risques et d’en connaître les dangers. Reste la dimension géopolitique du problème étant donné le coût élevé que représente le nucléaire de nos jours et la crise financière que connaît le monde en ce moment.

  • La chimie un secteur en constante évolution et qui offre de nombreux débouchés:

Il existe des débouchés dans beaucoup de domaines qui touchent à l’industrie chimique :

–          on peut trouver des métiers dans la filière environnement étant donné qu’aujourd’hui le lien entre chimie et environnement est primordial dans la compétitivité des industries.

–          On trouve également beaucoup d’emplois dans les filières chimie et santé (toxicologie, éco toxicologie)

Il faut savoir que dans les prochaines années il va y avoir un besoin énorme de chimistes dans toutes les branches que ce soit des chercheurs (dans la recherche industrielle ou appliquée), ou des ingénieurs. Aujourd’hui on connaît notamment un déficit dans les domaines de la toxicologie et de l’éco toxicologie.

Les emplois vont aussi être nombreux chez les biologistes et physiciens qui travaillent dans des domaines à la frontière de ceux qui se rapportent à la chimie.

Dans les écoles comme CPE on est toujours à la recherche de nouveaux emplois du fait qu’il y a un besoin constant d’adapter les matières enseignées aux nouveaux sujets et enjeux de la chimie de demain.

De nos jours un nouveau secteur alliant chimie et électronique est en cours de développement également.

Il est important, en tant qu’acteurs de demain, que nous nous demandions ce que nous aspirons à faire : tout est entre nos mains et est à construire. C’est aussi à nous de faire évoluer et instaurer de nouvelles directions à prendre pour la chimie en nous penchant sur nos propres centres d’intérêts et nos passions.

  • L’industrie chimique une industrie à visée humanitaire:

Tous les scientifiques et les industriels ont un but commun, ils n’ont pas pour objectif de commercialiser le développement durable pour en faire seulement un objet médiatique ni de dire uniquement aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Leurs travaux et leurs ambitions vont plus loin !

Ils ont d’abord comme objectif d’apporter à tous une meilleure qualité de vie.

La recherche du développement n’est pas uniquement une histoire de business, le business vient ensuite.

  • La chimie au cœur d’un monde aux multiples contraintes:

Ce que l’on peut constater c’est que trop souvent, à défaut de préférer prendre des décisions qui rapporteront du profit à long terme, on choisit des solutions qui feront du profit immédiat, ce qui entraîne inévitablement un contournement des règles. E n conséquence, c’est l’argent, qui bien souvent, est le principal obstacle aux innovations au service du développement durable.

En règle générale les gouvernements interrogent les scientifiques (en France, l’Académie des Sciences est là pour fournir au président des rapports précis) et ceux-ci les conseillent, mais leurs décisions reposent sur beaucoup d’autres facteurs de grande influence qui ne sont pas toujours en accord avec les opinions des scientifiques. En effet, ils se préoccupent généralement beaucoup plus des questions économiques.

  • REACH: un programme à la dimension Européenne:

catalyse-3 REACH est un règlement européen qui a pour devoir de contrôler les différentes industries chimiques et met en place une régulation des activités enregistrées.

→ Aujourd’hui 30 000 substances chimiques sont répertoriées par un règlement qui est purement européen ; on cherche à se développer dans une logique de développement durable et de bien-être des sociétés, à travers un contrôle des produits mis sur le marché.

On attend des Etats-Unis qu’ils évoluent dans la même direction que l’Europe à ce niveau là.

  • La chimie verte ou chimie traditionnelle? Laquelle des deux est-il préférable de choisir?

Bien que cela puisse paraître étrange à beaucoup d’entre nous, des produits naturels peuvent être cancérigènes au même titre que des produits de synthèse. Une grande partie des produits de synthèse déclarés dangereux seront retirés du marché d’ici 11 ans grâce à la mise en application de REACH; mais il est vrai qu’il faut encore beaucoup de temps pour qu’un produit suspecté nocif soit retiré du marché.

Jusqu’à maintenant, il était difficile de mesurer la dangerosité des produits de la vie courante sur le marché. Cependant, la directrice cosmétique de REACH a déjà réussi à interdire 3000 substances qui étaient sur le marché, ce qui démontre de nombreux progrès.

L’efficacité de la chimie verte réside dans le fait qu’elle ne soit pas nocive pour la santé mais elle reste encore très chère et pas toujours accessible.

→De plus, la chimie du développement durable intervient dans le domaine de la chimie préventive et dans celui de la chimie curative.

Gerhardt Ertl

Gerhard Ertl

Yves Chauvin

Yves Chauvin


Qu’est-ce qui fait un prix Nobel ?:

« Rien dans ce monde ne s’est fait sans passion » Hegel

« L’intérêt pour ce que l’on fait est primordial ;

c’est la curiosité du chercheur qui fait une grande part de sa qualité et de son efficacité.

Il faut être intéressé par ce que l’on fait !»

« Un prix Nobel c’est le rêve de toute une vie et le meilleur aboutissement

qui soit pour les durs travaux de recherche mis en œuvre et toute l’implication qui a été fournie. »

Article rédigé par Sophie Sornet, TS2

Demain, vers une chimie choisie

Le 20 novembre 2008, dans l’école d’ingénieurs CPE de Lyon, environ quatre cents élèves de l’académie mais aussi en visioconférence de Toulouse, Southampton, Berlin…ont pu prendre part à une discussion exceptionnelle, sous forme de questions-réponses, animée par le journaliste Gilles Lazure.

Les réponses furent apportées par deux éminents professeurs, Yves Chauvin et Gerhard Ertl, respectivement prix Nobel 2005 et 2007, ainsi que par d’autres scientifiques de haut niveau, Katharina Breme, lauréate 2007, (l’OREAL ), Olivier Hemelle, président de BASF, Bruno Allenet, président de l’entreprise ACCELERAT.

Vingt-cinq élèves, suivant la spécialité physique-chimie en terminale scientifique au lycée Notre-Dame de Mongré, encadrés par quatre professeurs, ont participé à ce symposium. Sophie Sornet, élève en classe de TS2, a pu poser une des questions qui avaient été préparées sur le thème de la catalyse et du développement durable, thème qui s’inscrit dans l’éducation de nos jeunes citoyens pour un futur meilleur, dans le respect de l’environnement tout en poursuivant les développements technique et industriel de la société.

Nos élèves ont apprécié que leurs professeurs leur aient offert l’opportunité de participer à cet évènement. L’échange avec les scientifiques s’est déroulé en toute simplicité, les caméras et éclairages ont pimenté cette rencontre, les questions parfois déstabilisantes des jeunes étudiants ont été suivies de réponses argumentées et accessibles.

Les élèves de la spécialité ont ensuite produit un rapport écrit et imagé sur le vécu de cette journée exceptionnelle, afin de sensibiliser les élèves du lycée Notre-Dame de Mongré à l’ubiquité de la chimie dans notre vie quotidienne et donc à la nécessité de son évolution dans le respect de l’environnement.

Mariannik MADEC